Historique

Le Boréal, une histoire à suivre

Juin 1960, c’est le début de la Révolution tranquille. Cet été-là, deux jeunes hommes remuent une masse de documents aux Archives publiques d’Ottawa. Il s’agit de professeurs d’histoire, Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière. Le premier numéro du «journal» Boréal Express, destiné à l’enseignement de l’histoire, paraît en novembre 1962. Le succès est immédiat.

Après sa naissance officielle en 1963, Le Boréal Express ltée se dirige lentement mais sûrement vers l’édition de livres. Créée en 1968, la collection «17/60» rassemble des ouvrages consacrés à l’histoire. Le premier titre en est L’Idée d’indépendance au Québec, de Maurice Séguin. Il ouvre la voie à toute une série de livres qui renouvelle l’historiographie québécoise et qui culmine, en 1979, avec la parution de l’Histoire du Québec contemporain, de Linteau, Durocher et Robert, qui fait encore figure de classique dans le domaine.

En même temps, sous l’impulsion de son nouveau directeur, Antoine Del Busso, la maison s’ouvre à l’ensemble du champ des sciences sociales. En faisant une place à la fiction avec deux titres à caractère historique, Maria Chapdelaine, de Louis Hémon (1980), et Le Canard de bois, de Louis Caron (1981), la maison se lance à la conquête de nouveaux horizons littéraires.

À la fin des années 1980, la maison laisse tomber le qualificatif express et devient le Boréal tout court. Le rythme des publications augmente radicalement, pour atteindre autour de quatre-vingts nouveautés par année. Pascal Assathiany, qui a repris les rênes de la maison, est entouré d’écrivains et d’universitaires: Jacques Godbout, François Ricard, qui fonde sa collection «Papiers collés», tandis que Paul-André Linteau continue de veiller au domaine de l’histoire, qui reste un des piliers de la maison. Raymond Plante se joint à l’équipe pour y fonder le secteur jeunesse. À eux s’ajoute Jean Bernier, qui occupe le poste de directeur de l’édition.

À l’image de quelques grandes maisons européennes, le Boréal confie donc ses choix éditoriaux à un comité. Cela se reflète dans le catalogue de la maison, ouvert à différentes esthétiques, à une pluralité d’orientations politiques et idéologiques.

La collection semi-poche «Boréal compact» est créée en 1988 pour donner un deuxième souffle aux œuvres des auteurs du Boréal et d’autres maisons. Depuis, elle a accueilli plus de 350 titres.

C’est également l’époque où le Boréal s’ouvre sur le monde. Il publie des traductions, bien sûr, surtout du Canada anglais, mais aussi des coéditions avec des maisons françaises (le Seuil, l’Olivier, Denoël, Grasset, La Découverte) et accorde de très nombreuses cessions de droits à l’étranger. Une dizaine d’années plus tard, la maison connaît ses premiers grands succès internationaux, La petite fille qui aimait trop les allumettes, de Gaétan Soucy, et Un dimanche à la piscine à Kigali, de Gil Courtemanche, tous deux traduits en plus de vingt langues.

Plus récemment, plusieurs collections sont venues enrichir le catalogue. «Trajectoires», dirigée par Alain-G. Gagnon, mise sur le discernement des bâtisseurs du Québec contemporain pour faire état des leçons du passé, actualiser le patrimoine et ouvrir des avenues pour l’avenir. Sous la direction de Robert Lévesque, la collection «Liberté grande» se consacre exclusivement au genre de l’essai, publie des textes exploratoires, tous inédits, évidemment libres, assurément littéraires. La collection «L’Œil américain» est un lieu ouvert au nature writing, aux aventures de la littérature dans la richesse du monde sauvage. Elle est dirigée par Louis Hamelin. La littérature jeunesse n’est pas en reste avec la collection de poésie «Brise-glace», qui s’adresse aux adolescents. Enfin, avec «Boréal Noir», la maison offre un repaire aux romans policiers de tout genre et toujours du meilleur acabit.

En 2022, après plus de trente ans à la tête de la maison, Pascal Assathiany en cède la direction à Gilles Ostiguy et Renaud Roussel, tandis que Catherine Ostiguy se joint à l’équipe en tant qu’éditrice. Le Boréal quitte ses bureaux de la rue Saint-Denis pour s’installer aux Entrepôts Dominion, dans Saint-Henri, quartier historique où rayonne encore l’aura de Gabrielle Roy, l’une des écrivaines phares du catalogue.

De nouveaux visages viennent assurer la poursuite et le renouvellement du programme éditorial à titre de conseillers littéraires : dès 2016, Sophie Imbeault prend la relève de Paul-André Linteau pour l’édition des livres en histoire et, en 2022, Michel Biron succède au regretté François Ricard à la tête de « Papiers collés », tandis que Léa Clermont-Dion, Sébastien Dulude et Dominic Tardif, directeur de la collection « Microsillon », inaugurée en 2026, apportent leur expertise respectivement dans le domaine de l’essai, de la fiction et de la musique.

Aujourd’hui, plus de soixante ans après sa fondation, le Boréal est plus que jamais au cœur de l'édition et de la culture québécoises. Avec plus de 2500 titres à son actif, la maison continue de publier les écrivains et les écrivaines les plus importants et les plus prometteurs d’aujourd’hui dans les trois grands domaines qui ont fait sa renommée : la littérature, l’essai et les livres pour la jeunesse.