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Gil Courtemanche

Gil Courtemanche

Gil Courtemanche (1943 - 2011)

Journaliste depuis 1962, il a collaboré jusqu’en 1977, à différentes émissions radio et télé de Radio-Canada telles que Le 60, Métro Magazine et Présent national.

De 1978 à 1980, pour Radio-Canada toujours, il a conçu et animé l’émission L’Événement et a aussi été animateur et scripteur de l’émission Enjeux, tout en étant éditorialiste à la sation CBOT à Ottawa (réseau anglais). En 1978, il a animé et scénarisé le premier magazine d’affaires publiques de Télé Québec, Contact.

De 1980 à 1986, Gil Courtemanche a été animateur, analyste et correspondant pour les émissions Télémag, Première Page, Le Point, à Radio-Canada.

Il a aussi été journaliste pour La Presse et a participé à la conception et à la fondation du quotidien Le Jour.

À partir de 1986 il a collaboré à diverses publications, notamment Alternatives. Il est aussi chroniqueur en littérature étrangère pour la revue Le Libraire, en plus de tenir une chronique dans le quotidien Le Devoir.

Il a par ailleurs tenu une chronique hebdomadaire sur la politique internationale dans les quotidiens Le Soleil et Le Droit, durant 8 ans. Plusieurs de ses textes sont regroupés dans Chroniques internationales, paru en 1991 au Boréal.

Il a coréalisé la série de témoignages Soleil dans la nuit, trente clips produits pour TV5 Europe-Afrique-Canada, à l’occasion du premier anniversaire du génocide au Rwanda. Il a réalisé et scénarisé L’Église du sida (The Gospel of AIDS), documentaire sur le sida au Rwanda (prix du meilleur documentaire du Festival Vues d’Afrique 1993) qui lui fournira la matière de son roman, Un dimanche à la piscine à Kigali, acclamé aussitôt par le public puis par la critique, et aujourd’hui traduit dans 10 langues et 13 pays. Gil Courtemanche a également produit et réalisé divers documentaires et messages publicitaires sur le tiers monde pour les organismes «Le Cardinal Léger et ses œuvres» et OXFAM-Québec (la lèpre en Haïti, la problématique de l’eau, le développement agricole aux Philippines, le programme de formation d’enfants handicapés en Thaïlande, etc.)

Coréalisateur et scénariste pour Radio Canada et TF1 du docu-variétés Roch Voisine l’Idole (prix Félix et Gémeaux de la meilleure émission de variétés 1991), il a aussi réalisé et scénarisé Kashtin: Le Tambour éternel (Kashtin: The Eternal Drum).

Commentateur pour diverses émissions d’affaires publiques, animateur durant un an de la série The Editors sur PBS, collaborateur régulier au magazine L’actualité (il y a signé divers grands reportages, dont un numéro spécial sur l’Algérie, en 1998), Gil Courtemanche a remporté en 1998 le National Magazine Award for Political Reporting.

D'avril 2008 à novembre 2009, il a été consultant auprès du procureur en chef de la Cour pénale internationale.

Gil Courtemanche est décédé le 19 août 2011.

 

Pour écouter une entrevue accordée à France Culture le 22 février 2011, cliquer ici.

Presse

À propos de Un dimanche à la piscine à Kigali

C’est la chronique d’un génocide. La critique au vitriol des «petits chefs» blancs de l’Afrique. Mais c’est surtout le roman d’Émérita, de Cyprien, de Méthode et de la douce et belle Gentille. Un hymne à la vie.

Avril 1994. Huit cent mille Rwandais sont assassinés par ceux qui étaient, la veille encore, leurs amis, leurs voisins. Un grand nettoyage ethnique, une guerre fratricide entre Hutus et Tutsis que le journaliste Gil

Courtemanche a renoncé à expliquer à ses lecteurs par les voies médiatiques traditionnelles. Trop froides, trop techniques, trop abstraites.
Gil Courtemanche a choisi le roman pour raconter le destin d’une dizaine de Rwandais avec lesquels il s’était lié d’amitié lors du tournage d’un documentaire sur les ravages du sida en Afrique, en 1992. Deux ans plus tard, ses amis ont presque tous été emportés dans la tourmente. C’est en leur nom que le journaliste, ébranlé, a voulu parler.

Résultat, un roman hybride, mi-documentaire, mi-fiction, où des personnages réels héritent d’une vie rêvée. «Je n’ai pas inventé leur dignité, ni leur plaisir, mais seulement les formes qu’ils ont pu prendre. Je leur ai donné des paroles, mais je sais que ces paroles étaient dans leur tête. À la limite, aucun des personnages n’a réellement fait ce que j’écris dans le roman, mais si on en fait une autre lecture, tout est absolument vrai», dit Gil Courtemanche.

Des personnages, en somme, plus vrais que nature.

«C’est pour mieux dire leur qualité d’hommes et de femmes assassinés que j’ai pris la liberté de les inventer un peu», explique encore l’auteur en introduction de son nouveau roman, Un dimanche à la piscine à Kigali, publié chez Boréal.

Un roman pour que les Québécois réalisent que les milliers de corps putréfiés qu’ils ont vus à la télé, ces corps empilés dans les fosses communes, appartenaient à de vrais êtres humains. Des humains qui aimaient la vie, simplement passionnément, malgré la haine et la peur.

«Je trouvais cela horrible que tous ces gens soient morts dans l’anonymat, que personne ne connaisse un seul nom de victime du génocide au Rwanda», dit M. Courtemanche. Cette fois, comme le Bernard Valcourt de son roman, il avait envie de «crier tout ce qu’il avait vu, connu, appris, mais qu’il n’avait dit qu’à moitié parce qu’il adhérait au langage virtuel du journalisme».

«J’étais convaincu que seule la fiction pouvait répondre à la nouvelle donne mondiale. Pour moi, le journalisme tel qu’il se pratique actuellement est totalement impuissant à expliquer ce qui se passe dans le monde, parce que les conflits sont trop complexes.»

Isabelle Hachey, «Un roman plus vrai que nature», La Presse, 22 octobre 2000.



[…] L’idée d’Un dimanche à la piscine à Kigali est venue à Gil Courtemanche après le génocide rwandais. Le journaliste souhaitait réaliser un film qui retracerait l’histoire de ses amis, rencontrés alors qu’il avait séjourné au Rwanda en 1992 pour tourner un reportage sur le sida, et disparus avec le génocide. «Tranquillement, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas faire de film, dit Courtemanche. Tous mes amis étaient morts.»

Ne lui restait plus que des souvenirs et quelques maisons vides. Et la forme du roman lui permettait de redonner un peu de vie aux gens qu’il avait côtoyés, ou de les accompagner dans la mort. «Je ne les avais pas vus avant de mourir. Cyprien, je ne sais pas comment il est mort. Alors, j’ai inventé une mort», dit-il.

«Les personnages ont tous existé, et dans presque tous les cas j’ai utilisé leur véritable nom, écrit le romancier en préambule. Le romancier leur a prêté une vie, des gestes et des paroles qui résument ou symbolisent ce que le journaliste a constaté en les fréquentant.»

Mais son roman n’est pas que force et beauté. Corrosif, dénonciateur, Un dimanche à la piscine à Kigali évoque aussi l’impuissance et la complicité qui ont permis que le génocide prenne place.

«On était sûr, en 1992, qu’il y aurait, à un certain moment, une énorme catastrophe. Parce qu’on voyait bien que le gouvernement et les extrémistes hutus ne voulaient pas appliquer les accords d’Arusha, la démocratie, les élections. Des militants de l’opposition se faisaient assassiner chaque nuit», dit-il. Mais jamais, jamais, on ne pensait atteindre de tels sommets dans l’horreur. Lorsqu’il parle des viols massifs, des seins des femmes coupés, des attaques dans une église, du long ruban de cadavres qui se déployait à un moment donné, boulevard de la Justice, à Kigali, Courtemanche n’exagère pas l’horreur, il la tempère. On n’a qu’à consulter les rapports sur la question pour le confirmer.

Et pour bien mesurer l’absurdité de cette guerre, il y a l’histoire de Gentille, cette femme hutue au physique tutsi, produit de plusieurs générations de métissage, produit aussi de la colonisation, rouage humain coincé dans la machine implacable et aveugle du nettoyage ethnique.

Caroline Montpetit, «Amour sur fond d’horreur», Le Devoir, 28-29 octobre 2000.


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