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Gilles Archambault

Gilles Archambault

Gilles Archambault est né à Montréal en 1933. Réalisateur mais aussi animateur d’émissions sur le jazz et la littérature, il a travaillé à Radio-Canada de 1963 à 1992. Son émission «Jazz soliloque» fait aujourd’hui figure de référence dans le domaine. Chroniqueur à l’émission de Joël Le Bigot (Pourquoi pas dimanche?), il poursuit maintenant une carrière de journaliste pigiste et d’écrivain. Il a aussi collaboré à différentes émissions de télévision ainsi qu’à deux longs métrages, dont l’un était l’adaptation de son roman La Fleur aux dents. Il a créé avec Jacques Brault et François Ricard les Éditions du Sentier qui ont existé de 1978 à 1986.

En 1981, il a reçu le plus grand prix littéraire du Québec, le prix Athanase-David, pour l’ensemble de son œuvre, et en 1986, le Prix du Gouverneur général du Canada pour son recueil de nouvelles L'Obsédante Obèse et autres agressions.

Presse

[…] «Toute ma vie, toute mon écriture est basée en réalité sur un point: le temps qui passe. C’est évident que ce temps qui passe, on l’utilise comme on peut. Moi, j’écris. L’écriture s’est imposée à moi parce que la vie me décevait. J’ai décidé d’écrire quand j’étais adolescent et pas heureux de l’être. Je suis dépassé, submergé par le temps, au point de la plus profonde angoisse», confesse Gilles Archambault.

Ses écrits ne sont pas autobiographiques au premier chef. «Mais il est évident que le genre de littérature que je fais finit toujours par être autobiographique. La vérité profonde du narrateur, c’est la mienne».

Gilles Archambault se défend bien d’être un pessimiste. «Je ne le suis pas du tout. Je suis un être qui échappe à l’angoisse par le dynamisme. Quand je vais mal, je travaille, c’est le seul remède». À sa façon, c’est-à-dire tout en douceur et en nuance, l’auteur s’insurge contre cette image d’homme triste qu’on lui fabrique. «Je suis un être d’enthousiasme. Devant un coup de la vie, je me retourne très vite. Je ne suis pas du genre à me lamenter. J’ai horreur des geignards. Souvent, mes livres ont été lus de cette façon-là et je n’étais pas d’accord.»

Que les sceptiques se le tiennent pour dit. Gilles Archambault ne sera jamais un jovialiste mais il éprouve un grand bonheur de vivre. Il a un plaisir immense à livrer ses billets à l’oreille si généreuse et attentive de Joël Le Bigot à CBF Bonjour. Il savoure la chance qu’il a d’avoir une si précieuse tribune. Il éprouve tout autant de bonheur à partager ses Petits bonheurs avec les lecteurs du cahier LIVRES du Devoir, à écouter Coltrane ou, simplement, à marcher dans la ville.

Il a cependant une sainte horreur des optimistes. Il ne peut pas plus les supporter qu’il ne tolère un solo de batterie. Si les gens ne se racontaient pas d’histoires, soutient-il, ils arriveraient aux mêmes conclusions que lui. «Très souvent, les gens comme ça tombent de haut. On doit les ramasser à la cuillère. Ce sont eux qui font des dépressions. Pas les morts vivants qui vivent au bord du précipice».

Gilles Archambault déteste souverainement le style pétage de bretelles. Foncièrement, il n’est pas capable de supporter celui des autres. Pas question évidemment qu’il s’y adonne. «La seule chose que je m’accorde, c’est que je fais les livres que je suis capable de faire et je vais au maximum de mes capacités. Le genre de littérature que je pratique n’a jamais été très populaire. J’ai voulu faire des livres qui traduisaient ma conception de la vie et mon amour pour les livres». Mais sitôt passé ce bref sursaut d’amour propre, il renchérit: «Quand je disparaîtrai, ce ne sera un drame ni pour l’humanité ni pour moi.»

Pierre Cayouette, «Hanté par le temps», Le Devoir, 16-17 avril 1994.


 

Entretiens avec Réginald Martel

Votre premier roman paraît en 1963, Une suprême discrétion. Un titre qui est presque un programme…

— … une façon d’annoncer sa marchandise.

Et de s’annoncer soi-même, comme écrivain intimiste.

— Oui. Quoique de bons lecteurs que j’ai eus ont prétendu, avec raison je crois, que je ne suis pas un écrivain intimiste; qu’il y a beaucoup de violence chez moi, et pas toujours larvée, alors qu’on s’accorde généralement à dire que les écrivains intimistes ne font que
suggérer les choses.

Pourtant, le je appelle l’intime, même si le lecteur ne sait pas toujours qui se cache derrière ce je.

— Le je de mes romans n’a jamais été, du moins au sens premier, biographique. Il s’est passé peu de choses dans ma vie; celles qui se sont passées, je n’en ai jamais parlé et n’en parlerai probablement jamais.

C’est un je, disons, intérieur. Celui d’un personnage qui n’est pas moi, mais qui serait un peu mon frère; il me permet l’humour vis-à-vis du protagoniste et de ceux qui l’entourent.

Un humour tempéré par une certaine tendresse, car les fois où j’ai cédé à la tentation d’être méchant, je l’ai toujours regretté. Qu’il s’agisse de mes romans ou de mes chroniques, il me semble que la méchanceté n’est pas mon affaire.

Réginald Martel, «Dix-sept livres, comme autant de miroirs», La Presse, 6 octobre 1991.



À peine installé dans le sobre salon de sa sobre maison, sur le divan noir près de la fenêtre, Gilles Archambault s’interroge: «Est-ce que je suis ici pour parler de moi?» Cette frayeur fugitive dans son œil bleu délavé. Cette timidité maladive qu’il camoufle, mal, sous l’autodérision. Et cette franchise désarmante quand il s’abandonne à la confidence: «Je n’ai rien réglé des problèmes que j’avais à l’adolescence.»

À 69 ans, Gilles Archambault a beau avoir 26 livres et 40 années d’écriture derrière lui, il n’est pas du genre à se péter les bretelles pour autant. «Je me suis souvent dit: je suis peut-être un mauvais écrivain, j’ai peut-être raté mon coup. J’ai été façonné et fasciné par la littérature française et américaine des années 40-50-60: mes modèles ayant été des modèles que je plaçais haut, j’ai toujours été relativement déçu par ce que je faisais.» Le prix Athanase-David qu’il a reçu pour l’ensemble de son œuvre en 1981 et le Prix de Gouverneur général qu’il a obtenu six ans plus tard pour son recueil de nouvelles L’Obsédante Obèse n’y auront rien changé. «J’étais content quand c’est arrivé, mais je doutais de moi en même temps. Il me semblait que ce n’était pas moi, le prix David surtout: j’ai pensé qu’il y avait maldonne.» […]

Une suprême discrétion. C’est le titre du premier roman que Gilles Archambault a publié il y a 40 ans. On pourrait tout aussi bien parler de sa suprême discrétion à lui. «L’idéal pour moi serait d’être dans une pièce donnée et que des gens, dans une autre pièce, la porte étant fermée et ne sachant pas que je suis là, disent du bien de moi, auquel cas, au bout de cinq ou six phrases, je partirais, par crainte qu’arrive une remarque désobligeante ou qui serait blessante pour moi.»

Écrivain somme toute assez confidentiel, il n’a jamais ambitionné de vivre de sa plume. «Trois mille personnes qui achètent mes livres, c’est extraordinaire, quand on pense que les gens peuvent lire Stendhal, Flaubert, Balzac et tant d’autres écrivains.» […]

Dans son récit autobiographique paru en 1993, Un après-midi de septembre, sans doute le livre le plus touchant de Gilles Archambault, l’écrivain parle de son enfance. On comprend qu’il a toujours été d’une sensibilité à fleur de peau. Malaise en société, sensation d’être étranger au monde, dès l’enfance.

Gilles Archambault confie aujourd’hui: «Ce qui me porte à écrire, au fond, ça ressemble beaucoup au sentiment que j’ai éprouvé un jour quand j’avais à peu près cinq ans. Je me souviens d’une petite fête organisée par les enfants du coin, il y en avait une quinzaine et on m’avait refusé l’entrée. Le sentiment que j’ai eu à ce moment-là, je ne l’ai jamais oublié.» […]

Danielle Laurin, «Gilles Archambault, diariste déguisé», La Presse, 25 mai 2003.

À propos de Les Rives prochaines

[…] Parlant intelligence, je m’en voudrais de ne pas mentionner le tout dernier roman de Gilles Archambault, Les Rives prochaines (Boréal). Il y est question de la découverte de soi qui passe par les yeux de ceux qui nous sont proches, de la conscience de ce que l’on est et de l’acceptation du regard que les autres portent sur nous comme autant d’éléments constitutifs de la construction de notre identité.
Encore une fois, Gilles Archambault maîtrise son écriture à un point tel qu’il provoque l’admiration. Il a une manière de raconter, de livrer pas à pas et mot à mot, parole après parole, le récit, le regard patiemment posé sur le monde dans lequel nous vivons.
Michel Vézina, Ici

Avec Les Rives prochaines, Gilles Archambault poursuit son œuvre intimiste qui sonde l’âme humaine avec acuité, tendresse et douce ironie. Des ingrédients qui sont bien présents dans ce 29e livre de celui qui est aussi connu comme homme de radio. […]
Tout au long du roman, Gilles Archambault nous livre le monologue intérieur des trois personnages en alternant habilement avec les formes narratives. En explorant les thèmes de l’amitié, du temps qui passe et des relations père-fils, l’écrivain de 74 ans pose des questions universelles et crée des personnages attachants et beaux par leur façon tout en nuances d’assumer leurs paradoxes et leurs angoisses.
Valérie Gaudreau, Le Soleil

Les Rives prochaines est une miniature comme on en peignait autrefois, de ces toiles d’où émergeait un univers en  mouvement vers l’infini. En quelques coups de plume, Gilles Archambault nous met en présence de ses personnages et, en moins de temps qu’il n’en faut pour nous approprier leur univers, nous sommes témoins d’un chapitre de leur existence. Et cela, grâce à une écriture où il ni mots, ni images inutiles ; où tout se concilie, même ce qui pourrait paraître impossible.
Jean-François Crépeau, Le Canada français


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