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Marie Laberge

Marie Laberge

Marie Laberge a étudié à Québec. Tout d’abord chez les Jésuites, ensuite à l’Université Laval en journalisme et information et pour finir au Conservatoire d’art dramatique, section jeu. Plus connue en début de carrière comme comédienne, elle a joué différents auteurs (Brecht, Tchékov, Garneau, Fassbinder, Laberge, Mishima) pour finalement se consacrer de plus en plus à l’écriture et à la mise en scène.

 

Ses pièces sont traduites et jouées dans de nombreux pays comme le Canada, l’Allemagne, la France, la Suisse, l’Italie, la Grande Bretagne ou le Portugal. Outre ses vingt pièces de théâtre, elle est l’auteur de dix romans tous publiées au Boréal, dont la trilogie Le Goût du bonheur qui s’est vendue à plus de 500 000 exemplaires en moins d’un an.

 

Marie Laberge a reçu de très nombreux prix dont le deuxième prix court métrage de la Communauté radiophonique des programmes de langue française pour sa pièce Eva et Evelyne (1981), la médaille Raymond Blais décernée par l’Université Laval à un ancien diplômé qui s’est distingué dans un domaine par une ou des activités d’immergence remarquables (1989). Elle a été nommée la femme de l’année 1990 en arts par le Salon de la Femme de Montréal et a également reçu un hommage spécial de ce Salon en 1997. Faite «Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres» en 1988 par le ministère de la Culture de France pour «son apport à la francophonie», elle a reçu le prix Ludger-Duvernay 1997 de la Société Saint-Jean-Baptiste pour l’ensemble de son œuvre. En avril 2000, l’Académie des Grands Québécois de Québec (organisme créé par la Chambre de commerce de Québec) nomme Marie Laberge «Grand Québécois en culture» pour l’an 2000.

 

Marie Laberge a participé à de nombreux colloques, a fait des conférences dans plusieurs universités et a siégé sur différents comités et jurys (ministère de la Culture du Québec, Conseil des arts du Canada, Téléfilm Canada). Elle a fait partie du Comité organisateur des États généraux du Théâtre professionnel au Québec, a été vice-présidente du Conseil québécois du Théâtre (1983-1986) et présidente du Centre d’essai des auteurs dramatiques (1987-1989). Elle a fait partie du groupe conseil nommé par la vice-première ministre et ministre des Affaires culturelles, Lise Bacon (1990-1991). Elle a été membre du Conseil des arts et des lettres du Québec de ses débuts en 1992 à janvier 1995. Elle a également été présidente d’honneur de plusieurs Salons du livre au Québec et a participé à des Foires du livre à l’étranger, dont plusieurs en Europe. Elle a été porte-parole pour la Francofête 1997, semaine du français et de la francophonie et elle est co-marraine avec Huguette Oligny du prix de la Fondation Gratien Gélinas.

 

Marie Laberge est membre de la S.A.R.D.E.C., de l’Union des artistes, du Centre des auteurs dramatiques, de la Société des auteurs compositeurs dramatiques (dont elle est sociétaire), du Pen Club et de l’Union des écrivains.

 

Au cours de sa carrière, Marie Laberge a bénéficié de certaines bourses de courte durée et d’une bourse A du Conseil des arts du Canada en 1992. De juillet à décembre 1995, elle a obtenu le studio de la Société des gens de Lettres à Paris qui est mis à la disposition d’un écrivain québécois.

 

En mai et juin 1995, à la demande du premier ministre du Québec, M. Jacques Parizeau, elle a rédigé le préambule de la Déclaration d’indépendance du Québec en collaboration avec, entre autres, Gilles Vigneault, Fernand Dumont et Jean-François Lisée.

Presse

[…] Après son marathon de 2000 pages dont elle a écrit le premier jet en neuf mois, elle s’arrête quelque temps, «pour faire mon point à moi, trouver de quel bord est le vent, voyager». Mais peut-être pas tant que ça, lance-t-elle après un instant de réflexion. «Je pourrais juste faire du ménage dans ma tête, dans mes archives! Je veux vivre sans être obsédée par l’agenda. C’est excitant parce que tout est possible. Je me sens vidée, prête à me faire nourrir de toutes sortes d’idées, de rencontres, de beauté. De laideur aussi. Je suis disponible.» […]

 

Celle qui rêve du moment, bien proche, où elle pourra se remettre à lire autre chose que de la documentation, s’est réservée quelques romans policiers pour se faire plaisir. «Je lis de tout, mais c’est une vieille histoire d’amour entre moi et le genre. D’ailleurs, ça m’agace qu’il soit souvent considéré comme de la sous-littérature. Dans les policiers, il y a énormément de compréhension de ce qui anime l’être humain.»

 

On reconnaît là sa fascination pour l’être. Si bien que d’aucuns ont qualifié son style de «psychologiste». «C’est très réducteur d’une volonté de faire beaucoup plus, proteste-t-elle. Je ne suis pas psychologue, mais la personne dans sa totalité m’intéresse. Quelqu’un de paradoxal est humain pour moi; les gens d’une seule couleur ont quelque chose d’inhumain, qui n’est pas possible, on n’a pas une seule facette. Je fouille l’émotion chez l’individu, je témoigne de ce qui rugit à l’intérieur et qui va trouver un écho dans chaque lecteur. Parce qu’on est tous faits du pire et du meilleur.» […]

 

On y revient toujours: les personnages. Ceux qui la rongent presque, l’obligeant à se retirer de tout et de tous lorsqu’ils deviennent trop encombrants. «J’écris parce qu’il vient un moment où je n’en peux plus, où l’urgence a bâti une sorte d’angoisse qui n’est pas confortable. Tant qu’on peut rêver un livre, ça va, mais un jour, il bloque. C’est pour ça que je dois m’isoler et l’écrire. Descendre dans mon sous-sol intérieur d’émotions pour y voir le fin mot de l’histoire.» […]

 

Laberge se méfie de son imagination, se fait des remontrances, se fait violence pour écrire selon le rythme requis: de 4h à 13h à peu près, tous les jours, «pour ne pas briser le mouvement». Elle est déjà allée jusqu’à 12 heures. «Physiquement, c’est très dur. Et mentalement, même lorsque j’arrête, ça continue.» Seule dans son repaire du Massachusetts – «À la mer, mais froide, je serais incapable de résister à l’attrait du soleil et du farniente» –. Elle se soumet entièrement à la fiction, s’oblige à manger chaque jour à l’extérieur, «pour reconnecter un peu», et ne laisser entrer personne tant que le mot «fin» n’est pas tracé. Autrement, «je n’entends rien, je n’écoute rien, je suis ailleurs».

 

L’orage passé, on peut la croire libérée, soulagée. Erreur. Épuisée, oui, mais contente, non. «J’ai une satisfaction athlétique mais pas esthétique. Je n’ai pas la fin heureuse, c’est dommage. Quand j’ai terminé, le doute me tenaille: est-ce que ça en valait la peine? Est-ce que c’est bon? Pour la trilogie, toutefois, j’étais à la fois apaisée et incrédule d’avoir relevé mon défi. Il y a toujours la petite parfaite en moi qui veux toujours plus et mieux, mais j’ai réussi à la faire taire.»

 

Il y a presque dix ans, c’est l’écriture dramatique qu’elle a fait taire. Paradoxalement, la question refait surface en discutant de polars. «Je pourrais écrire des romans policiers: il faudrait que le noyau qui vrille le cœur de l’œuvre soit en parfaite adéquation avec le genre. C’est pour ça que j’ai cessé le théâtre, parce que mon message passe mieux dans le roman.» […]

 

Son succès au quotidien? «Je ne le crois pas, moi, Marie, que j’ai vendu tous ces livres, même si je sais que je suis la mère de la trilogie parce que je la contiens. La seule chose qui change vraiment, c’est le regard plus fréquent des gens envers moi.» Consciente d’avoir été sous les projecteurs des médias dans la dernière année, Laberge dit la sentir doucement un peu plus, la réalité du succès, maintenant que la poussière commence à retomber.

 

«Je me rends compte aussi que l’amour des gens pour un livre les porte à vouloir connaître celle qui l’a écrit, comment elle fait et comment elle va.» Au Salon du livre, des lecteurs lui souhaitaient un bon repos, comme on le ferait pour une mère, une amie, une confidente. Des lectrices, devrait-on dire? «Les hommes me lisent dans la même proportion qu’ils lisent en général, se défend-elle, c’est-à-dire trois femmes pour un homme à peu près.»



Diane Précourt, «La vague Laberge», Le Devoir, 10 décembre 2001.

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