Que feriez-vous si, un beau matin, au réveil, une douleur insupportable vous tordait les boyaux ? Si, cherchant à vous soulager, vous trouviez un poisson grouillant et filiforme dans la cuvette de votre toilette ? C’est bien ce qui arrive à Aycha qui, plongée dans une étrange version scatologique du Horla de Maupassant, est hantée sans relâche par un animal visqueux à la parole énigmatique qu’elle seule semble voir.
À l’image de cette histoire improbable, chacun des contes modernes qui composent ce recueil envoûtant nous emmène sur des chemins dont on ne soupçonnait pas l’existence. Maud Gauthier-Chung y mêle avec une aisance désarçonnante horreur et absurde, réalisme et fantastique, posant ainsi les premières pierres d’une mythologie qui lui est propre. Il y a dans cette écriture un humour grinçant et un charme ésotérique qui nous subjugue et nous happe, pour mieux nous dévorer.
On est tour à tour amusé, horrifié, déstabilisé, étonné devant l’alliage inusité que forment ces histoires où l’autrice s’emploie à « raconter la victime, qui est aussi l’héroïne, qui est aussi la sorcière, qui est aussi l’inquisitrice, qui est aussi le loup ».