Manu Tranquard, c’est d’abord un œil. Cet enfant de la Charente, de la France profonde des pêches à l’anguille au fagot ou à la ligne morte, possède indéniablement « l’œil américain » dont se targuait Flaubert, mais qui est l’apanage des vrais coureurs de bois. Homme de mers et d’horizons, de terres et de confins, du Yukon à la Patagonie et des eaux de Terre-Neuve au nord de la Scandinavie, cet explorateur des limites du territoire, mais aussi des richesses de notre langue, nous entraîne dans une passionnante quête de cette autre version de lui-même qui l’attend au bout de tous les chemins, révélée par la rencontre avec les éléments, les tempêtes, le gel, le feu, la grandeur des paysages et l’éternelle solitude.
De l’art de fendre du bois nous promène entre l’ancienne magie des grands espaces de l’enfance et l’indomptable énergie que déploie ce guide professionnel en régions isolées, quelque part entre tourisme d’aventure et esprit pionnier des premiers défricheurs de l’immensité nordique. Il le fait dans une écriture riche, sensible et évocatrice, aussi vivante que le plus vivant de nos souvenirs, un véritable hymne à la liberté.
Capable de lire une bûche comme nous lisons un livre, Tranquard possède, au plus haut point, l’art de nous emmener loin, ailleurs. Le dépaysement semble être, chez lui, une expérience quotidienne. Et nous le lisons comme nous écouterions, au bord d’un feu de camp, l’antique conteur qui dort au fond de nous.