Un an jour pour jour après la mort de Vesta, l’amour de sa vie, Liv reçoit un courriel signé d’elle provenant d’une adresse au nom de Post-Vesta. Ce message en annonce quatorze autres. Aucune date mentionnée, sinon le fait qu’ils arriveront au cinquième jour d’un mois, à midi. Recevra-t-il le suivant dans deux semaines, dans une saison, dans une année?? Liv ne peut retenir un rire doux. Vesta a trouvé le moyen de rester plus longtemps, de lui faire espérer de nouveaux signes, de l’accompagner dans le deuil.
Déjà, avant les adieux, Vesta avait fait promettre à Liv d’être «?un corps simple vivant en résonance avec la matière?». Cette matière s’incarne d’abord par le domaine qu’ils ont choisi d’habiter cinq ans plus tôt : une maison et un garage au bord d’un rang, un grand potager, un bloc erratique qui ponctue le milieu du pré, un érable à sucre au tronc si imposant que Vesta et lui n’arrivaient pas à rejoindre leurs mains en l’enlaçant. Vivre en résonance avec la matière, c’est également se taire. Liv passe des jours dans le silence total, celui qui précède la langue, où il cherche à se retrouver virginal, aphone et limpide.
C’est la matière elle-même qui forcera un jour Liv à quitter ce silence, quand l’abondante production de son potager l’obligera à venir déposer presque toute sa récolte à la banque alimentaire. Il y croisera d’autres corps, dont ceux de Lio et de Julien, mais il lui faudra encore traverser quelques abîmes avant de pouvoir construire, au milieu de son domaine dévasté, un sanctuaire où la parole habitera de nouveau le monde.