Ce n’est qu’une étape dans une stratégie globale qui occupera l’humanité pendant plus d’un siècle. Après l’établissement d’une base permanente sur la Lune, puis sur Mars, le projet Ancora, « ancre » en latin, prévoit l’installation d’une petite colonie sur Encelade, un satellite de Saturne dont on sait que la croûte de glace abrite un océan liquide. En 2023, on y a même découvert du phosphore et d’autres éléments clés de la vie. Ça a été l’ultime déclencheur : des projets de missions ont aussitôt été élaborés par les agences spatiales américaine et européenne.
Au lendemain d’une avarie majeure, Nim est apparemment le dernier survivant d’Ancora. Mais il n’est pas seul dans le vaisseau à la dérive : Delphes, une femelle béluga dont il a la responsabilité, a survécu elle aussi. Désespéré, Nim n’en tente pas moins de réorganiser une sorte de quotidien, engageant avec Oort, la « conscience augmentée » d’Ancora, un dialogue qui les pousse l’un et l’autre dans leurs retranchements, lui de ses convictions, elle des principes qui guident ses choix à l’égard de ce qu’il reste d’équipage.
En attendant une mort presque certaine, Nim a tout le temps de se remémorer les dimanches de son enfance, quand il allait pêcher au large de Rimouski avec sa grand-mère, qui lui a transmis sa passion pour l’estuaire et pour la biologie marine. On remonte aussi plus loin, en août 1789, alors que Caroline et William Herschel découvrent Encelade et rêvent d’un monde moins violent que l’Europe, qui est alors au bord de l’embrasement. À quel point les enseignements du passé aideront Nim à tenir bon, et pour combien de temps ?
Si L’Espace entre nous visite un futur proche, c’est d’abord pour nous parler de notre monde, de ses enjeux politiques et environnementaux, mais aussi de solitude, de résilience et de ce qui donne, jusque dans les moments où tout semble perdu, un sens à l’existence.