Quand dans les rues de Carrefour-Feuilles les coups de feu et les flammes le somment de partir, Jonas Dorléon n’emporte presque rien : son diplôme, un cahier de poèmes, une photo de sa mère et un slip propre. Sa vie entière dans un sac de plastique.
Se réfugiant d’abord du côté dominicain de la frontière, il attend dans l’antichambre d’Haïti que les choses se calment. Sauf que les choses ne se calment pas. Il faut marcher, encore, toujours. Devenir un migrant. Du Brésil au Mexique, il enfile les kilomètres, serrant toujours son sac de plastique contre lui, tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt dans les profondeurs de la jungle avec d’autres sans-papiers qui, autour de lui, tombent les uns après les autres. Quand enfin il atteint la frontière des États-Unis, ce sont les agents de l’ICE qui l’attendent. Jonas n’a plus qu’un objectif : quitter ce pays qui n’a rien de « great again » et gagner le Canada par le chemin Roxham, cette voie salutaire dont il a tant entendu parler.
La plume foisonnante et poétique de Thélyson Orélien fait jaillir la beauté dans les zones les plus sombres de l’expérience humaine. Il parle la langue de l’exil, cette langue qui s’apprend « sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau ». Surtout, il révèle une Amérique terrible et violente sur laquelle notre regard doit s’attarder.