Dans une boutique, Elizabeth Lemay remarque un écriteau accroché au-dessus de la tête de la caissière. L’employée est une personne, peut-on y lire. Ces mots la sidèrent. Comment diable en est-on venu à devoir rappeler aux gens que les corps ont une âme??
Chacun des sept textes de ce recueil invite le lecteur à retrouver cette humanité trop souvent perdue de vue. Car contre la déshumanisation, les mots sont une arme puissante. L’employée est une personne, oui. La femme, la maîtresse, l’écrivaine le sont tout autant. Celles que l’on croise dans la rue comme celles dont on commente les images sur les réseaux sociaux sont des personnes. Ne l’oublions pas.
Avec la verve et l’impétuosité qui font désormais sa marque, Elizabeth Lemay reprend ici des thèmes qui lui sont chers – le féminisme, le patriarcat, les relations hommes-femmes –, mais explore surtout de nouveaux territoires et de nouvelles vulnérabilités. Il est question de son rapport au corps, à l’image, à la vieillesse?; d’écriture et de la manière dont ses textes ont été reçus dans la sphère publique?; de la place que la littérature a occupée dès l’enfance dans la construction de son identité?; de son choix de ne pas être mère?; du lien sororal qui l’unit à Nelly Arcan, à qui on l’a si souvent comparée…
Dans une prose courageuse et incarnée, Elizabeth Lemay signe une œuvre d’une amplitude remarquable, qui secoue nos a priori et nous force à regarder en face nos travers. «?Mon écriture me ressemble, écrit-elle. Elle est d’une impudeur encombrante.?» Encombrante, peut-être. Inconfortable, parfois. Mais n’est-ce pas de l’inconfort que naissent les révolutions??