Au moment où elle entend la voix de Safia pour la toute première fois, Laïma Abouraja Gérald est encore loin de se douter que de nombreuses coïncidences la lient à la jeune autrice-compositrice. Elles ont connu le même Montréal, fréquenté les mêmes endroits, écouté la même musique. Mais au-delà de cette connivence toute générationnelle, elles ont en commun des origines arabes longtemps balayées du revers de la main, reléguées aux oubliettes parce qu’elles venaient du père déserteur. Leurs chemins évoluent en parallèle depuis l’enfance, semble-t-il. Rien de plus naturel qu’ils se croisent enfin dans ce petit livre-hommage qui, du même coup, prend une dimension intime insoupçonnée.
Laïma se lance ici sur les traces de Safia, du petit dépanneur de Saint-Ferréol-les-Neiges où elle travaillait lorsqu’elle a reçu l’appel du label Bonsound qui allait changer sa vie jusqu’au soir du gala de l’ADISQ, en 2016, où l’on a retenu davantage son t-shirt de Gerry Boulet que la statuette de Révélation de l’année qu’elle a remportée. Au fil des pages se tisse une profonde réflexion sur l’identité et l’authenticité, et sur le coût d’être réellement soi-même dans la sphère publique lorsqu’on refuse de rejoindre les rangs de la majorité.