« Ravir, c’est combler. On va se régaler. » Voilà ce que souffle Hadès à l’oreille de celle qu’il vient d’arracher à la terre pour l’emmener régner avec lui sur son royaume, celui des ombres.
Perséphone a été ravie, oui, cela est indéniable, tous les livres de la mythologie s’accordent là-dessus. Cette histoire a été racontée d’innombrables fois depuis des millénaires. Mais, si elle a été ravie, c’est d’abord au sens premier du terme : elle a été victime d’un rapt, à la plus grande colère de sa mère, Déméter. Hadès l’a enlevée alors qu’elle cueillait des fleurs dans un pré et l’a entraînée aux enfers. Pour en faire son épouse. Contre son gré.
Contre son gré? Est-ce si certain? Perséphone n’est quand même pas insensible au charme de cet Hadès, avec son élégance aussi grandiloquente que vulgaire, ses yeux bruns où elle lit l’orgueil violent de la créature détestée. Et puis la mère de Perséphone, Déméter, est-elle aussi innocente qu’elle veut le faire croire? Et si elle était de mèche avec ces dieux trop familiers, Zeus, Hadès, ses frères, jamais rassasiés de chair fraîche? À moins qu’elle ne soit jalouse de sa fille, emportée par les bras puissants du beau ténébreux?
C’est compliqué.
Catherine Lemieux prend un malin plaisir à réécrire pour nous le mythe de Perséphone, qui en fille de son temps – c’est-à-dire d’aujourd’hui, de toujours – trouvera une ingénieuse manière d’échapper tant à sa mère qu’à son mari. Les mythes, voyez-vous, sont immortels.