Entre 1739 et 1763, la marine britannique a capturé des milliers de navires ennemis. Les marins sont emprisonnés, les passagers sont rançonnés, les cargaisons prises sont vendues. Les documents saisis sont examinés brièvement par les services de l’Amirauté. Ce qui peut servir à l’effort de guerre est transmis au War Office. Le reste est placé dans des sacs, scellés au plomb. Il attendra qu’on le réclame. Il ne le sera jamais.
Le reste ? Le reste, ce sont les lettres. Des centaines de lettres dérobées, fenêtres inédites sur le monde de l’intime, du privé, du secret, du plaisir des sens, dans les ports français du xviiie siècle, de La Rochelle à Port-au-Prince, de Québec à la Guadeloupe, de La Nouvelle-Orléans à Bordeaux. Saisies au lendemain d’un combat, d’un arraisonnement, ces correspondances parfois ponctuées d’éphémérides, de chansons, de poèmes, de dessins, sont autant de moments volés à l’ennui des traversées, autant d’instantanés d’un quotidien auquel les ravages du temps, la censure ou l’oubli nous empêchent habituellement d’accéder.
En nous faisant découvrir les trésors d’un fonds méconnu de la Haute Cour de l’Amirauté britannique, où se trouvent des milliers de correspondances interrompues par les guerres de Succession d’Autriche (1744-1748) et de Sept Ans (1756-1763), cet ouvrage exceptionnel nous donne à entendre les voix d’innombrables inconnus de France et de Nouvelle-France – dont de nombreuses femmes – au-delà des siècles.