Jean-Michel Fortier a sept ans lorsque D’eux fait son entrée dans le salon familial, encore enveloppé dans sa pellicule plastique ; lorsque sa mère, envoûtée par l’atmosphère feutrée de la deuxième piste de l’album, « Le ballet », tombe sous le charme de cette Céline épurée qui s’apprête à conquérir le monde.
Comment parler aujourd’hui de cet album au sujet duquel, semble-t-il, tout a déjà été dit ? Pour le romancier qu’est Fortier, une réponse s’impose : par le souvenir, par la fiction, « parfois l’un sans l’autre, souvent l’un dans l’autre ». Voilà ses principaux matériaux. C’est donc à travers un enchaînement de souvenirs liés à cet album-culte qu’il lève le voile sur les différentes facettes de cette Céline que tout le monde connaît : Céline technicienne mais aussi artiste, Céline joueuse, Céline cynique – dira Jean-Jacques Goldman –, Céline queer… Une Céline-personnage capable d’incarner tour à tour et selon son humeur la Québécoise, la Française et l’Américaine, de même qu’une myriade d’autres personnalités. En résulte un rapport intime à l’œuvre et à son interprète, un dialogue aux mille nuances entre le romancier et la chanteuse, qui célèbre le monument tout en l’écorchant parfois, lui redonnant au passage toute son humanité.