L’historien Jocelyn Létourneau soutient que les Québécois, depuis le milieu des années 1990, expérimentent une transformation majeure dans la façon qu’ils ont de se représenter collectivement. Qu’il s’agisse du rapport à soi, du rapport à l’autre, du rapport à l’Anglais, du rapport à l’histoire ou du rapport à l’avenir, l’identitaire québécois est en voie de recomposition.
Si le processus de restructuration amorcé n’est pas achevé, il s’accomplit graduellement et sourdement. Comme à d’autres moments de leur parcours historique, les Québécois, fidèles à leur culture politique, s’éloignent discrètement de ce qu’ils étaient, sans faire tempête dans l’opération et sans non plus annoncer tapageusement l’inflexion entreprise, d’où l’adjectif « silencieux » pour qualifier l’avènement.
En leur offrant de nouvelles raisons communes, cette révolution silencieuse permet aux Québécois de s’imaginer et de se définir autrement, de revoir l’expérience québécoise dans la perspective de ses héritages multiples et d’accomplir le passage du paradigme de l’indépendance au profit de celui de l’interdépendance.
Aux yeux de Jocelyn Létourneau, cette révolution silencieuse est possiblement l’étape finale de la décolonisation des Québécois. Ceux-ci ne perçoivent plus leur identité comme un « acte manqué », dit-il. Ils se conçoivent tels des sujets épanouis et développés.