Gérard Kérouac est né en 1917, petit enfant frêle avec un souffle au cœur et plein d’autres complications qui l’ont rendu malade pas mal toute sa vie qui s’est achevée en juillet 1926, à neuf ans, […] – Pendant les quatre premières années de ma vie, quand il était vivant, je n’étais pas Ti Jean Duluoz, j’étais Gérard, le monde avait sa face, la fleur de sa face, sa position pâle et penchée, sa cœur-qui-brisitude et sa sainteté et ses leçons de tendresse pour moi – l’été, y restait couché à longueur d’après-midi, sur son dos, dans la cour, la main sur les yeux, à regarder le blanc des nuages passer, ces fantômes parfaits du Tao qui se matérialisaient, voyageaient, partaient, se dématérialisaient en une seule vaste étendue, la terre, comme les âmes du monde […].
Traduit en France dans les années 1960, ce roman intimiste de Jack Kerouac – le plus douloureux, le plus sacré – n’avait pas pour le lecteur d’ici de saveur, de cadence, de musique franco-américaines. Maxime Catellier s’est attelé à la tâche de les trouver dans l’écriture de l’écrivain de la Beat Generation. Sa traduction est la traduction d’une traduction car, comme il l’écrit, « Visions de Gérard n’est pas un livre écrit en anglais et parsemé de bribes de joual. C’est un livre dont les images, le souffle, l’ambiance, les odeurs sont franco-américains ». Sa traduction « enquébécoisée » retrouve la rugosité de cette langue « déracinée, à la recherche d’elle-même », qui résonnait depuis l’enfance dans la tête de l’écrivain lorsqu’à trente-quatre ans il décrivit en dix jours, la nuit sur une table de cuisine, l’agonie de son frère de neuf ans quand lui en avait quatre.